Hyacinthe Rigaud, portrait du cardinal de Bouillon ouvrant la Porte Sainte, lors du jubilé de 1700 , Toile. 2,74. x 2,17m. Musée de Perpignan


Hyacinthe Rigaud, détail du tableau de Perpignan avant sa restauration en 1975, par Jacqueline Roussel et Jacques Bionnier. Le menton était entièrement à réinventer. Un autre manque important affecte la lèvre inférieure.

Il en résulte que le Cardinal arbore désormais un menton pointu et l'expression est moins jubilatoire. Les restaurateurs du célèbre tableau d'apparat ont fait pour le mieux, en l'absence à l'époque, des deux répliques en bustes connues. La nôtre n'est réapparue qu'en 1994 et la deuxième reste à retrouver.

Hyacinthe Rigaud
est né à Perpignan en 1659, l’année du rattachement du Roussillon à la France. Son aïeul Honorat était peintre. Son père, Mattia est tailleur. Il meurt alors que Hyacinthe n’à que 10ans. Sa mère, Marie Serre, dont le portrait est au Louvre, su mesurer les dons exceptionnels de son fils, avec l’aide vraisemblable d’Antoine Guerra, peintre à Perpignan.

Elle n’hésita pas à se séparer de son fils pour lui permettre en 1671, Hyacinthe à 12 ans, d’aller étudier la peinture à Montpellier.
Rigaud y fréquenta l’atelier de Pezet, faible peintre, mais qui possédait bon nombre de toiles de maîtres dont le jeune Hyacinthe à pu son s’inspirer.

Henri Verdier fut son second maître à Montpellier, Antoine Ranc le troisième. Antoine Ranc avait côtoyé Jans Zueil, actif à Montpellier de 1647 à 1658.

Ce peintre flamand originaire de Bruxelles qui imitait Rubens et Van Dick dont il avait peut-être été l’élève, influença Antoine Ranc, et très certainement Rigaud à travers lui.

Ces années furent fécondes: « jamais je ne saisirai comme vous la nature avec tant de précision, jamais je ne la développerait avec tant d’adresse », confie le maître à l’écolier lorsque Rigaud quitte Montpellier vers 1677.


Après 4 ans de perfectionnement à Lyon en compagnie peut-être d’ Henri Verdier, Hyacinthe Rigaud se rend à Paris en 1781.

Dès 1682, Rigaud remporte le premier prix de peinture proposé par l’Académie et la possibilité avec cela d’aller étudier à Rome. Charles Le Brun, premier peintre du Roi et directeur de l’Académie lui conseille de rester à Paris et d’y développer ses qualités de portraitiste.

Le conseil fut suivi, et Hyacinthe Rigaud fut agréé à l’Académie comme peintre d’histoire des 1684 et reçu en 1700 sur présentation d’un portrait du sculpteur Desjardins et du Martyre de St André qui lui acquirent une grande réputation.

Dès 1707, la ville de Perpignan anoblie ce fils déjà glorieux en vertu d’un vieux privilège conférer par les Roi d’Espagne.

Rigaud que Louis XIV ainsi que Louis XV après lui tient en grande estime, devient professeur à l’Académie en 1710 et recteur en 1733 ; Son anoblissement sera confirmé par Louis XV en 1723. Rigaud sera nommé quatre ans plus tard chevalier de St. Michel



Au summum de ce que peut espérer l’artiste le plus ambitieux, Hyacinthe Rigaud ne reniera jamais ses origines modestes. Il se consacre aux membres de sa famille, donnant à tous un peu de sa fortune et sachant faire intervenir ses relations qui sont nombreuses par les contacts permanents avec les puissants de l’heure.

Avec ces derniers par contre, Rigaud sait rester ferme et le portrait en pied du cardinal de Bouillon laisse la trace d’un créancier extrêmement pugnace. Car peut après versement de l’acompte de 1000 livres en 1708, le cardinal est disgracié. Ses biens sont confisqués, Il quitte de plus la France en 1710, ayant soudainement d’autres soucis que ceux de son portrait et des 7000 livres qu’il reste devoir à Rigaud, pour un travail quasiment terminé.

Rigaud n’est pas loin de harceler les héritiers du cardinal de Bouillon pour récupérer ses fonds, jusqu’à enfin obtenir satisfaction 31ans après. Un accord intervient le 24 décembre 1740, dans le palais archiépiscopal de Vienne avec Mgr Henri Oswald de la Tour d’Auvergne, Cardinal, Archevêque et comte de Vienne, neveu du cardinal de Bouillon .

En échange du tableau terminé le puissant Prince Cardinal, concède le versement d’une "rente annuelle et perpétuelle de 300 livres au principal de 6000 pour Rigaud et ses ayant cause, à prendre particulièrement sur l’Hôtel d’Auvergne, rue de l’Université ; laquelle rente peut-être rachetée avec un seul paiement de 6000livres"…Au lieu des 7000 encore dues. Rigaud fait donc une concession assez minime. Cet accord est connu par sa certification notariée, daté du 1er avril 1741.

 

 

- (1) Saint Simon ne dit pas autre chose lorsqu’il le convainc en 1696 de faire de mémoire et l’insu du modèle, le portrait de l’Abbé de Rancé. « Rigaud était alors le premier peintre de l’Europe pour la ressemblance des hommes et pour une peinture forte et durable, mais il fallait persuader à un homme aussi surchargé d’ouvrage, de quitter Paris pour quelques jours..."

- (2) J. Roman: Le Livre de Raison de Hyacinthe Rigaud, 1919

- (3) Dans une lettre de 1730, Rigaud s’excuse dans un style ampoulé du prix de ses tableaux, et des milles livres qu’il prend maintenant pour les portraits en buste.

Il n’hésite pas à adresser son client à son principal rival avec lequel il conserve d’excellent rapport, et à qui il distribue un coup de patte en même temps qu’un éloge.

« S’il m’était permis, monsieur, de vous donner un conseil, ce serait celui de vous adresser à M. De Largillière; c’est un excellent homme et quoiqu’il vaille mieux que moy, il ne prends de ses portraits que cinq cents écus, des grandeurs de celuy que je vous ai fait et six cents livres des bustes ; vous n’en sauriez prendre de plus habiles ».

 

 

    Hyacinthe Rigaud
1659 - 1743, Perpignan, Paris
aidé de Prieur et ou, Bailleul ?
   

Portrait en buste du Cardinal de Bouillon

1708 ou 1709
Huile sur toile, 57x 70 cm, cadre en bois sulpté, de l'époque du tableau.
Provenance: château du Vemdômois, Loir et Cher, France.

« Monsieur Rigaud était de un de ces hommes rare que le ciel fait naître pour servir de guide et de modèle aux artistes (…) il connaissait la grande distance qu’il y a du beau à l’excellent ; on l’a vu plus d’une fois effacer des choses qui lui avaient coûté plusieurs jours de travail et qui plaisaient aux plus habiles. »

Ainsi s’exprime Colin de Vermont dans le Mercure de France de novembre 1744. Monsieur Colin de Vermont est peintre ordinaire du Roy et professeur en son Académie Royale de peinture. Ces propos, publiés juste après le décès de Hyacinthe Rigaud résument parfaitement ce que ses contemporains ont pensé du peintre et de l’homme. Rigaud qui vit sa clientèle augmenter sans cesse après qu’il ait une première fois peint le Roi en 1694, du décider d’y mettre un frein et de choisir lui-même ses modèles.

Extrêmement sollicité, Il ne se déplace quasiment plus (1) et ce sont ses modèles qui viennent chez lui. Il doit bien sur faire exception pour Louis XIV qu’il peint à nouveau à Versailles en 1701 .

Une lettre concernant notre tableau et adressée à la maison de Bouillon en 1731, confirme la répugnance du peintre à se déplacer: « Vous savez que j’ay été à Rouen en 1707 par ordre de feu son Altesse Monseigneur le Cardinal. Il ne fallait pas moins qu’un Doyen du Sacré Collège, de cette naissance pour m’obliger à faire le voyage. »

Rigaud tenait si peut à demeurer hors de son atelier, qu'il ne peignit que la tête du cardinal à Rouen. Ceci sur un morceau de toile carré qui sera par la suite directement incrusté dans la toile probablement déjà dégrossie à l’époque du portrait d’apparat. Il en résulte des traces de coutures, affectant légèrement la matière picturale et qu’un œil exercé peut toujours apercevoir sur le tableau de Perpignan.

Saint-Simon confirme : "Il s'avisa de se faire peindre, et beaucoup plus jeune qu'il l'était. Le monde ne l'avait pas déserter à Rouen, il y en avait beaucoup dans sa chambre quand il dit au peintre qu'il fallait ajouter le cordon bleu à son portrait, parce qu'il le peignait dans un âge ou il le portait encore."(2)

Il n'est pas impossible en effet que Rigaud fusse chargé de compenser la différence d'âge. Sept ans se sont écoulés entre l'année du portrait et l'évennement relaté toujours par St. Simon, alors que le Cardinal n'avait que 56 ans "Le cardinal de Bouillon devenu doyen du Sacré collège, eut le plaisir d’ouvrir la porte sainte du grand jubilé du renouvellement du siècle, par l’infirmité du Cardinal Cybo, doyen. Il en fit frapper des médailles, et faire des estampes et des tableaux. On ne peut marquer un plus grand transport de joie, ni se croire plus honoré et plus grand de cette fonction ..."

C’est donc en 1707 que Rigaud se met véritablement à l’ouvrage. Un accompte de 1000 livres est versé en 1708. La même année, selon J.Roman (2), " Rigaud effectue, aidé de Prieur et Bailleul, une copie pour Lefèvre; en 1709, assisté de Prieur, il effectue une nouvelle copie en buste pour Baluze ».

Il s’agit de l’ abbé Baluze qui avait selon Saint Simon
" formé la belle et immense bibliothèque de M. Colbert,
qui protégea toujours les lettres et les sciences, s’était fait un grand nom en ce genre et beaucoup d’amis pour avoir été l’introducteur des savants auprès de ce ministre et le canal des grâces (….) Le cardinal de Bouillon se l’était attaché par des pensions et des bénéfices. Son fort était de démêler l’antiquité historique et généalogique, et ses découvertes et sa critique étaient estimées "

Il fit une généalogie de la Maison d’Auvergne pour les Bouillon, plus particulièrement à la demande du cardinal à qui il ne suffisait plus de descendre réellement des princes de Sedan, et qui voulut grâce à Baluze établir une autre filiation prestigieuse, remontant de mâle en mâle aux anciens comte d’Auvergne, cadet des ducs de Gascogne. Les objectifs étaient d’adjoindre le nom d’Auvergne à celui de La Tour ce qui se fit, et qui déshonora Baluze, ainsi qu’un titre de Prince Dauphin d’Auvergne pour un neveu du cardinal, ce qui fut refusé.

Il convient de rappeler les similitudes de date entre l’exécution des deux tableaux en buste et la parution de cette « Histoire de la Maison d’Auvergne » L’abbé Baluze, selon St. Simon partageait alors l’exil du Cardinal à Rouen. Son livre fondé sur les faussetés d’un cartulaire prétendument découvert dans l’église de Brioude était prêt à paraître en 1706, mais avait été mis sous clef par la découverte de l’imposture et l’incarcération à perpétuité d’un certain de Bar, convaincu d’avoir fabriqué le cartulaire. De Bar désespéré, se cassa peu après la tête contre les murs de la Bastille.

Cette affaire menaçait de faire le plus grand bruit et M. de Bouillon que le roi aimait, nous dit St. Simon, « le supplia d’arrêter cette affaire par bonté pour ceux qui n’y avaient pas trempé et qui n’étaient coupables que d’une crédulité trop confiante pour un frère (le cardinal)…Le Roi, avec plus d’amitié pour M. de Bouillon que de réflexion voulut bien prendre ce parti. (…) mais ce qui ne se comprend pas , c’est que Messieurs de Bouillon, qui devaient être si embarrassés, osèrent quinze mois après demander au chancelier l’impression de l’Histoire de la Maison d’Auvergne, et que M. le Chancelier l’accorda.»

Nous somme donc en 1708, année du tableau destiné à ce Lefèvre non identifié autrement par J. Roman, mais qui pourrait être l’abbé Lefèvre de Caumartin, proche parent du Chancelier Ponchartrain, qui vient d’autoriser l’édition litigieuse dont St Simon nous dit encore « que le monde en fut étrangement scandalisé ».

Né en 1668, Jean François Lefèvre de Caumartin, était filleul du cardinal de Retz . Abbé à 7 ans, il fut élu à l’académie française à 26 ans (1694) et à l’académie des Inscriptions en 1701.

On comprend que l'aval d'une telle institution fondée par Colbert en 1663 pour l’étude de la numismatique, de l'histoire et de l' épigraphie, ne soit pas d'un faible secours pour soutenir les prétentions du cardinal à reconsidérer l’Histoire de la Maison d'Auvergne.

Parmi d’autres savants sollicités par Baluze mais évoqués seulement par St. Simon, l’abbé Lefèvre de Caumartin eut donc sans doute un rôle de premier plan, suffisant en tout cas pour justifier le don du premier des deux tableaux en buste. Et peut-être n’était-ce pas un mince remerciement aux yeux du cardinal, qu’un tableau venant de lui, Doyen du Sacré Collège, à un abbé.

Outre l’autorité conférée par l’Académie des Inscriptions, nous avons par St. Simon, des détails sur la qualité des liens qui unissent dès 1694, l’abbé Lefèvre de Caumartin avec le tout puissant Louis- Phélypeaux de Ponchartrain: « L’abbé de Caumartin se trouvait lors directeur de l’académie (…) il avait beaucoup d’esprit et de savoir. Il était jeune, et frère de différent lit de Caumartin, intendant des finances, fort à la mode en ce temps là et qui les faisait presque toute sous Pontchartrain, contrôleur général son parent proche et ami intime. Cette liaison rendait l’abbé plus hardi; et, se comportant sûr d’être approuvé du monde et soutenu du ministre. »

La protection de Ponchartrain devenu chancelier en 1699 ne fit jamais défaut à l’abbé de Caumartin de tout le temps qu’il fut à Versailles. Ceci, bien que le crédit du jeune abbé fusse définitivement atteint auprès de Louis XVI, par le ridicule infligé par espièglerie à l’évêque de Noyon en 1694. La relation de cette farce par St. Simon est un régal, mais déborderait notre propos.

L’abbé Lefèvre de Caumartin sera promu évêque de Vannes en 1718, puis de Blois l’année suivante, qui deviendra en quelque sorte son exil. Il y laissa le souvenir d’un prélat érudit et estimé, possesseur d’une bibliothèque riche de 9000 ouvrages et 350 manuscrits qui furent dispersés après sa mort...Avec peut-être quelque mobilier ?

Il se peut donc que le portrait en buste de 1708, partageasse jusqu’à la fin (1733), l’exil de Monseigneur Lefèvre de Caumartin, évêque de Blois. Sa découverte récente à proximité de cette ville n'est peut-être pas fortuite, et dans ce cas, le tableau restant à retrouver serait celui de l’abbé Baluze.

La disgrâce consommée du cardinal, la mise sous sequestre de ses abbayes et son éloignement de France quelques mois ou semaines après que Rigaud ait peint le portrait destiné à l'abbé Baluze, interdit en effet d’imaginer qu’une troisième réplique ai jamais pu être envisagée. D’autant que Rigaud devra attendre 1741, 31 ans après, pour se faire enfin payer sous forme de rente viagère par le cardinal d’Auvergne, neveu du cardinal de Bouillon. L’histoire ne dit pas si les deux répliques étaient incluses avec le tableau d’apparat dans le contrat de 8000 livres. Cela n'est pas exclu, car la somme est considérable. Même si Rigaud, alors considéré comme le plus grand peintre de portraits de l’époque, n’hésite pas à faire payer ses toiles le double de ses plus célèbres rivaux (3).

La qualité de facture est évidente. Nous sommes bien en présence d’une des deux seules répliques connues, l’exemplaire « Lefèvre » probablement (4). Le tableau ayant moins souffert que celui de Perpignan à l’immense mérite de nous restituer le visage réel du remuant cardinal.

Rappelons aussi le strabisme dont est affligé le cardinal de Bouillon, comme attesté par son portrait enfant, le représentant de face dans le tableau de Perpignan. Mais que Rigaud a choisi adroitement d’atténuer, le défaut reste perceptible, en représentant le haut dignitaire légèrement de profil.

Le nettoyage du tableau fit apparaître une inscription : « DE BOViLON » dissimulée sous un repeint, et que nous avons choisi, après quelques hésitations, de laisser apparente. On peut, à la suite de ce que nous savons, hasarder l’hypothèse d’un reste de dédicace dans le goût de l’orgueilleux cardinal et qui n’eut pas forcément l’heur de plaire aux propriétaires qui suivirent.

Car la découverte d'un premier rentoilage ancien ne contredit pas la probabilité d’un tableau légèrement plus grand à l’origine, hypothèse renforcée par une adaptation du cadre, soigneusement rétréci dans ses deux dimensions. La cohérence de ces modifications, ainsi bien sur que le style du cadre, plaident à notre avis pour une première « bordure » du tableau, un soupçon peut-être plus tardive, et pourquoi pas sculptée près de la Loire pour Monseigneur Lefèvre de Caumartin.

 

Hyacinthe Rigaud,
détail, autoportrait, Musée de Perpignan

   
 

Son étonnant succès comme portraitiste empêcha Rigaud de peindre des tableaux d’histoire. Car depuis lors et de façon ininterrompu, il peindra les portraits de la famille royale et des plus illustres personnages des cours de France et d’Europe.

Les portraits de Rigaud selon Louis Hourticq "sont tout d’abord doués de vie physique. Rigaud peint avec des touches martelées et des couleurs franches; la robustesse de ses modèles semble résulter en partie de la solidité de son métier.
La brosse est nerveuse, fine, incisive; elle taille par plan net un visage osseux, les cartilages du nez, les phalanges des doigts et les cassures du satin. Les rondeurs, toujours banales sont allégées par ce modelé à facette; le visage en est comme aiguisé, amené à cette acuité tranchantes qui rend visible l’intelligence dans le feu du regard et l’animation de tout les traits.


Emmanuel -Théodose
de la Tour d’Auvergne, Cardinal
de Bouillon, était Grand - aumônier de France, Evêque d’Ostie,
Doyen du Sacré Collège.


Fils de Frédéric- Maurice, duc de Bouillon, il naquit en 1644.
Il porta d'abord le nom d'abbé duc d'Albret, fut nommé chanoine de Liége en 1658, reçu docteur de Sorbonne, en I 667, créé cardinal en 1669, (à 26 ans) pourvu de plusieurs riches abbayes, et fait enfin par Louis XIV son grand -aumônier.
II était neveu de Turenne, dont le roi voulut honorer les services par ces éclatantes faveurs; mais le cardinal de Bouillon su mal les reconnaître. Infatué de la noblesse de sa maison, il publia un mémoire rédigé par l’Abbé Baluze dans lequel il élevait des prétentions excessives.


L'abbé Etienne Baluze

 

Le cardinal voulait pour un de ses neveux le titre de prince dauphin d’Auvergne et osa demander que le duc d'Orléans, frère du roi, démembra sa principauté dauphine d'Auvergne dont Frédéric - Maurice, duc de Bouillon, avait reçu le comté en échange de la principauté de Sedan.
Cette demande fut repoussée, Le cardinal osa brusquer le roi qui lui pardonna, et braver Louvois qui ne lui pardonna pas.

Mécontent, il fit des imprudences, et le ministre haineux su en profiter. Une lettre interceptée où le cardinal faisait une satire amère du roi étant tombée entre les mains de Louvois, le cardinal fut disgracié. En 1694 il voulut se faire prince- évêque de Liége. II intrigua beaucoup dans cette ville et à Rome; mais malgré tous ses mémoires et toutes ses protestations, le cardinal ne pu faire annuler l'élection du prince, Clément Joseph de Bavière, son compétiteur.

En 1698 il était ambassadeur de France à Rome et doyen du sacré collège pendant l’affaire du quiétisme; mais loin de suivre les instructions qui lui furent envoyées pour presser la condamnation de Fénelon, il employa tous ses moyens pour la prévenir.

II fut rappelé, et prétextant que les fonctions de doyen du sacré collège rendaient nécessaire, à Rome, sa présence, il refusa de revenir. Ses biens, furent saisis; il lui fallut s'humilier et obéir. Il rentra en France; mais, exilé de la cour, il se retira dans son abbaye de Tournus, où s'accrurent ses ennuie et ses ressentiments.

C'est à cette époque, (1708) que parut l’Histoire généalogique de la Maison d’Auvergne qu’il avait fait composer par Baluze. C'est aussi à cette époque , 1707 exactement qu'il se fit peindre par Rigaud dans son exil de Rouen ou l'accompagnait effectivement Baluze, comme rapporté par St. Simon: "Baluze, dont j'ai parlé ainsi que de son Histoire de la Maison d'Auvergne fondée sur les faussetés du cartulaire de Brioude, avait presque toujours été avec le cardinal de Bouillon à Rouen." Baluze fut un des destinataires des deux répliques en bustes exécutées, l'une en 1708, l'autre en 1709.
Le cardinal quitta le royaume en 1710, avant d'aller finir une vie inquiète à Rome, où il mourut en 1715.
II avait fait exécuter, en 1676, par Tuby, le mausolée de Turenne qu'il fit placé à Saint -Denis et qu'on voit aujourd’hui sous le dôme des Invalides.

 


- (4) La découverte du tableau aux confins du Blésois constitue un faible indice auquel s’ajoute l’époque et la qualité du cadre, plus compatible avec le mobilier d’un évêque aristocrate fortuné, qu’avec les exigences d’un simple clerc …

Mais la prudence s’impose. Grâce à son immense érudition l’abbé Etienne Baluze fut pourvu de nombreux bénéfices : bibliothécaire de Colbert en 1667, professeur de droit canon en 1670, Inspecteur au Collège Royal de France en 1707.
Il l'était toujours lorsque sa complaisance pour le cardinal de Bouillon lui value d'être exilé de la cour en 1710, et expédié selon St. Simon "à l'autre bout de la France... »

Il fut cependant rappelé à Paris en 1713, mais sans que ses titres et pensions fussent rétablis. Sa bibliothèque dispersée après sa mort, riche de 10000 volumes, égalait apparemment celle de Lefêvre. Les manuscrits furent acquis par la bibliothèque du Roi.