" Remarquable entente de la lumière, et de l'effet, poésie des horizons éclatants ou brumeux, couleur sobre, distinguée, quoique vigoureuse, les œuvres de Troyon ont ce charme profond, cette qualité exceptionnelle qui confère la maîtrise.

Joyaux des musées officiels et des galeries célèbres elles passent fort rarement dans les ventes"…

Un Retour à la ferme est néanmoins adjugé 315000 F à la vente Henry ,New York en 1912 ,époque ou s'exprimait ainsi Camille Béllanger ,dans son dernier volume de" l'Art du Peintre"

La somme est considérable, et l'on pouvait alors s'offrir 450 Bonnard pour le même prix aussi bien que 150 Van Gogh ou une vingtaine de Cézanne.

Car l'exceptionnelle maîtrise de Troyon, à la fois comme peintre de paysage et peintre animalier lui value d'être le premier peintre de l'école Barbizon accepté par toutes les expositions en France et à l'étranger. A partir de 1854 la presse à son égard devient dithyrambique.

Son succès est si grand que même des animaliers célèbres cherchent à capter ses recettes et que les meilleurs paysagistes achètent ses œuvres.

Bien qu' aidé par une main agile, Troyon peine à satisfaire les commanditaires devenant trop nombreux. Il cède alors parfois aux suppliques des plus pressants en acceptant de vendre des tableaux à peine terminés, sans doute à moindre cout, mais au détriment peut-être de la perception de l'oeuvre aujourd'hui.

Aux tableaux nouveaux s'ajoutent quelques répliques de ses œuvres conservées par les musées, comme La Rentrée du troupeau, Animaux fuyant l'orage, l'Approche de l'orage, ainsi que plusieurs Vallées de la Touques.

 
 

Ou que l'oeil se pose sur ce tableau, le peintre animalier ne cède rien au paysagiste... et inversement.

   

Un Retour à la ferme très différent, précède le nôtre exposé au Salon de 1849. Acheté par le ministère, ce tableau de Troyon consacre définitivement, dès 1850, sa réputation de plus grand animalier vivant .Charles Blanc nous décrit cette œuvre ou l'on voit sortir d'un brouillard lumineux un troupeau de moutons conduit par une fermière montée sur un âne. Une réplique est achetée par Diaz en 1855.

Plus tardif, notre Retour à la ferme n'apparaîtra qu'au Salon de 1859. Troyon est en retard. Il écrit le 15 mars à M. de Nieuwerkerke pour demander un délai supplémentaire. Une annotation des archives du Louvre indique : accordé jusqu'au 1er avril.
Troyon expose six tableaux au salon : le Retour à la Ferme, le Départ pour le marché, Vue prise des hauteurs de Suresnes, Vache qui se gratte (vache blanche), Vache allant au champs, Etude de chien (rapportant une perdrix ).

Dans une critique de cette exposition de 1859, Louis Auvray décrit notre tableau. " La température change dans le Retour à la ferme ; le soleil décline, mais ses derniers rayons dorent encore le campagne ; c'est la fin d'une belle journée ; c'est le calme de la nuit qui commence ; c'est l'heure du repos pour la nature comme pour l'homme des champs.

Après avoir passé des heures à contempler les six tableaux de M. Troyon, on ne sait ce qu'ont doit admirer le plus des animaux ou du paysage car paysage et animaux sont rendus avec un charme, une vérité que personne n'a réussi à un si haut degré. "

Quatre des six tableaux de l'exposition de 1859 rejoindront le Louvre, parmi lesquels, important par ses dimensions, le Retour à là ferme à longtemps figurer en place d'honneur. Il est aujourd'hui au Musée d'Orsay.

Troyon lui-même y attachait une importance particulière. Il l'a fait lithographier par son ami Moynet, et en a fait au moins deux répliques moins encombrantes puisque nous avons pu en identifier une deuxième, d'une dimension légèrement supérieure à celle de notre tableau.

Cette dernière est passée en vente le 22 mai 1990 chez Chritie's à New York sous une appellation erronée : le Troupeau au bord de la rivière. ( 65 x 92 cm.) Nous ne connaissons ce tableau que par la photo, mais son ciel est à l'évidence très proche du nôtre.
Ces ciels, résolument différents de celui du tableau d'Orsay, constituent l'unique variante de composition et expliquent la liberté que nous prenons de rebaptiser le tableau réapparu en mai 1990.

Est-ce ou était -ce ? celui de la Vente Henry de 1912 qui n' aurait simplement pas quitté New York pendant 78 ans.

Comme souligné en préambule, notre tableau qui ne comporte aucune faiblesse reste, un siècle et demi après, un témoin émouvant de la virtuosité du maître. Il est signé en bas à gauche, et probablement dans son cadre d' origine.
 

   
       
 

Constant Troyon
1810-1865
Sévres, Barbizon,Paris

 
 

Le Retour à la ferme
Vers 1859
Huile sur toile ,55x 80 cm, signé en bas à gauche
Provenance: collection privée Auvergne

 

Détail de l'arbre en cliquant sur l'image ci-dessus "Ce n'est rien que de donner un coup de sabre, mais c'est bien autrement difficile de donner un coup de pinceau sur le haut d'un arbre "... confiat Lazare Bruandet à son ami Georges Michel peut avant 1800.

Coléreux et bagarreur au point d'avoir du se cacher en forêt de Fontainebleau à la suite du défenestrage d'une femme qui le trompait, Bruandet devenait doux comme une jeune fille dès qu'il se mettait à,peindre d'après nature.

"0n s’aperçut pour la première fois que Dieu était plus fort que nous et que les paysages qu’il créait valaient mieux que ceux qui sortaient de nos mains " écrira Maxime du Camp à propos des découvertes engrangées à la suite de Georges Michel par Corot à Barbizon, dès avant 1830, suivi par Rousseau, Diaz et Troyon pour ne prendre que les plus représentatif de cette école après 1835.


Constant Troyon, détail, dessiné par Louis Robert, gravé par Péronard

Constant troyon, Avant l'orage, 1851, Musée Pouchkine, Moscou.

Bien que le succès fusse immédiat des vaches, troupeaux et abreuvoirs qui seront pastichés par toute une génération de suiveurs, Troyon n' abandonne pas le paysage pur. Et sûrement même atteint-il au chef d' oeuvre avec
l' extraordinaire luminosité de cette toile peinte en 1851.