Tête de femme,
Paris, Musée du Louvre, 1701.

Selon Nicole Garnier, ce dessin de jeune femme publié en 1989 dans son important ouvrage (1) consacrée à Antoine Coypel serait une étude pour « Psyché abandonnée par l’amour »


Flore, détail de notre tableau

Plus tardive, la réapparition de notre Zéphire et Flore en 1995 contredit indubitablement cette hypothèse.


Détail ou tête de Psyché abandonnée par l'Amour 1701, Fontainebleau, Musée national du Chateau.


Le curieux dans cette affaire, du moins nous semble t-il, est qu’à défaut de ressembler au dessin du Louvre précité, la Psyché de Fontainebleau ne serait pas loin d’adopter les traits de notre Zéphire…ou inversement.
Cette similitude de modèle à proximité d’Antoine Coypel juste avant ou très peu après 1700 ne parait pas sans intérêt et conforte en tout cas notre proposition de datation.


Psyché abandonnée par l'Amour 1701, Fontainebleau, Musée national du Chateau.

 


Antoine Coypel a traité de nombreuses fois cette aimable allégorie du Printemps inspirée des Métamorphoses d’Ovide.
La première fois peut-être en 1685 pour la Grande Mademoiselle, Duchesse de Montpensier.
Car à moins de 24 ans Coypel est déjà un familier de la famille royale, nommé l’année précédente peintre ordinaire de Monsieur le Duc d’Orléans, frère unique de Louis XIV (2).

Pour l’heure et pour le pavillon de l’Aurore du château de Choisy, il ne s’agissait rien moins que de peintre monumentalement quatre fresques et autant de saisons dont Zéphire et Flore donc, illustrant le printemps.
Un repas d’inauguration en juillet 1686 laisse à penser que cet important travail était terminé à cette date.

La démolition du pavillon sera programmée près de soixante ans plus tard (1744) et un sieur Picault, peintre et doreur transfert en cinq mois les fresques sur toile aux fins de sauvetage. Mais peu après 1752 on perd définitivement la trace de l’Hiver et de l’Eté; les deux autres morceaux très ruinés seraient aujourd’hui roulés dans les réserves du Louvre.


Sur les quatre saisons, le printemps sied semble t-il plus particulièrement au jeune Antoine Coypel dont on connait par la gravure un Zéphire et Flore peint probablement vers 1698, tableau de cabinet d’un format semblable peut-être au nôtre pour l’Hôtel du Président Lambert.(3)

C’est encore lui que l’on choisit l’année suivante, en 1699, pour illustrer le Printemps. La commande requiert trois autres peintres chargés chacun d’une saison au château royal de Marly.
Louis de Boullogne peint l’Eté sous les traits de Cérès, l’Automne symbolisé par Bacchus et Ariane est peint par Charles de La Fosse et un vieillard près d’un brasier peint par Jean Jouvenet représente l’Hiver.

Tout comme le tableau rentoilé de Choisy ( 3,96 x 2,60 m.), cet autre grande toile ( 2,32 x 1,84 m.) saisie déjà en mauvais état en 1795 n’a pas véritablement survécu.

Peu après ces grandes décorations, en 1701, Antoine Coypel peint un Zéphire et Flore pour Trianon. La toile ovale (1,45 x1,20m.) est toujours visible au Musée National du Château de Versailles et des Trianons après un séjours au Musée de Quimper.

L’année d’avant peut-être car gravée en 1701, une autre Allégorie du Printemps ovale (1,42 x 1,22m. était peinte pour la famille D’Orléans, conservée aujourd’hui au Musée Pouchkine de Moscou.

Sa réapparition doit être saluée en conséquence, ainsi que le nouvel éclairage qu’il apporte à l’évidence sur l’objet réel de l’étude de Tête de femme du Louvre précédemment donnée à la Psyché abandonnée de Fontainebleau.

L’harmonie chromatique reste flagrante ainsi que le bel équilibre de la composition supérieure à notre avis à celle de la version Lambert qui précède très vraisemblablement notre tableau d'environ 3 à 4 ans.

Outre en effet l’étude préparatoire de 1701, un autre dessin de jeune femme participant au projet commémoratif de la bataille de Narva datée 1700, montre aussi une évidente parenté avec notre Flore, y compris dans son attitude.
Quoique déconcertante ou un brin facétieuse la ressemblance entre notre Zéphire et la Psyché de Fontainebleau également peinte en 1701, paraît mériter d’être relevé.

Antoine Coypel
Paris, 1661-1722

Zéphire et Flore
Antoine Coypel et atelier
vers 1701
Huile sur toile, 84 x 97 cm.
Cadre XIXeme, signé Souty
, fournisseur du Ministère de l'intèrieur.


Projet d'Antoine Coypel (détail) pour une médaille commémorant la bataille de Narva, 1700.
Nationalmuseum de Stockolm.



Gravure de Benoît Audran d'après un tableau perdu d'Antoine Coypel, peint vraisemblablement vers 1698 pour l'Hôtel Lambert...

Aimablement légendée ci-apres



Antoine Coypel, Zéphire er Flore, Musée Pouchkine, peint avant 1701 pour la famille d'Orléans.


Antoine Coypel Zéphire et Flore,
tableau ruiné, Musée du Louvre.
Le tableau faisait partie d'une commande exécutée en 1699 pour le château royal de Marly

(1) Antoine Coypel 1661-1722 Nicole Garnier, ARTHENA 1989 in-4 520 pages dont 216 hors texte.

 

  (2) Antoine Coypel fut plus tard le premier peintre et l’ami de Philippe d’Orléans, duc de Chartres, puis D’Orléans et futur Régent de France.
Aussi l’année 1685 marque t- elle pour Antoine Coypel le début d’u n mécénat et d’une protection constante de la première famille du Royaume.
  (3) Nicolas Lambert de Thorigny, dit Lambert le Riche, Président à la Chambre des Comptes.
L'hôtel Lambert fut construit en 1640 par Le Vau sur l'ile Saint-Louis. Un temps résidence de la marquise du Châtelet, classé monument historique en 1862, il à été vendu en 2007 par les fils de Guy de Rothschild à un émir du Qatar.